Franz Lehar

Franz Lehár est né à Komárom (Autriche-Hongrie), actuellement Komárno (Slovaquie), le 30 avril 1870… dans une garnison, où son père, chef de musique militaire, était affecté.

A l’âge de 12 ans, il se décide déjà pour la carrière musicale.

La vie était rude, le jeune homme n’ayant guère d’argent de poche pour subsister, tout comme Puccini dont il fit la connaissance et à qui il allait toujours vouer une grande amitié. Ses études à Prague lui furent très profitables. Plus tard, Dvorak lui conseillera de se consacrer à la composition. Brahms, à qui il soumit deux sonates, l’encouragea également.

En 1890, Lehár fils écrit des danses que l’on commence à jouer.

Sa carrière peu à peu se dessine. En 1896, il compose un opéra, Kukuscha, qu’il réussit à faire jouer au théâtre de Leipzig.


Voici Lehár à la tête de l’orchestre du célèbre théâtre An der Wien, ce qui ne l’empêche pas de conduire celui du Grand Patinage où il est remarqué par la fille du célèbre librettiste Victor Léon. La demoiselle le recommande à son père. Réticent, le papa finit par confier au jeune compositeur le livret de Der Rastelbinder (" Le raccommodeur de chaudrons "). Il y a quelques grincements du côté du théâtre An der Wien pour lequel Lehár prépare au même moment Wiener Frauen (" Les femmes de Vienne "). Der Rastelbinder finit par être joué, avec un certain succès, ma foi, au Carl Theater (1902), tout comme Wiener Frauen d’ailleurs au théâtre An der Wien. Lehár compose quelques ouvrages qui montrent ses dispositions, mais il ne s’impose pas encore.

Vers 1903, Victor Léon, à la recherche de nouvelles idées, tombe sur une pièce française d’Henri Meilhac, L’attaché d’ambassade. Avec son collaborateur habituel, Leo Stein il écrit un livret d’opérette. Il commande la partition à Richard Heuberger. Ce dernier est peu inspiré par le sujet et les auteurs reprennent leur livret.

Le secrétaire du théâtre An der Wien recommande Lehár. Léon, qui est fâché avec Lehár, est réticent. Franz finit par être accepté. Le musicien travaille d’arrache-pied. Mais les directeurs du théâtre s’attendent à un fiasco et limitent les dépenses de mise en scène, de costumes et de décors. Du côté des auteurs et des artistes, on est plus confiant.

Le 28 décembre 1905, La Veuve Joyeuse n’est pas la catastrophe annoncée, mais le succès n’est malgré tout pas déterminant. Un impresario berlinois, qui se trouvait dans la salle, est, lui, enthousiasmé. Il décide de monter l’ouvrage à Berlin. La première a lieu le 1er décembre 1906. C’est cette date qui marque le point de départ du triomphe mondial de La Veuve Joyeuse. Rappelons qu’à Paris, l’ouvrage est créé le 28 avril 1909 au théâtre de l’Apollo avec Henri Defreyn et Constance Drever.

Franz Lehár est désormais célèbre.

Commence alors une période où le compositeur met en scène dans ses ouvrages : le jeune premier et la diva. Ils s’aiment (acte I). Ils se marient (acte III), mais doivent surmonter un malentendu (acte II). Nous rencontrons également le vieux baron amoureux lui aussi de la diva. Peine perdue, l’acte III lui sera fatal. Le comique, incontournable, finit par arranger les choses. Parfois une fantaisiste, flanquée d’un ténor, traverse l’action sans la contrarier. Le spectateur a depuis longtemps compris quel serait le dénouement, mais il feint l’ignorer, entièrement qu’il est sous le charme de la musique facile, légère et envoûtante de Franz Lehár.

Les années suivantes, il présente à Vienne des ouvrages qui auront un retentissement moindre : Peter und Paul reisen in Schlaraffenland (1906), Mitislaw der Modeme (1907) et Das Fürstenkind (1909).

Le second grand succès de Lehár, Le comte de Luxembourg, est créé à Vienne le 12 novembre 1909 et à Paris en 1912. Amour Tzigane (Vienne, 1910) et Eva (1911) sont également joués à Paris. On citera encore Le chant de l’Alouette (1918), Frasquita (1922) et La danse des Libellules créée en Italie (1922).

Au début des années vingt, Lehár renoue avec son ami Puccini qui est en train de travailler sur Turandot, l’opéra que la mort l’empêchera de terminer. Est-ce cet ouvrage qui incite Lehár à chercher une nouvelle source d’inspiration dans l’exotisme extrême-oriental ? On peut le penser.

Quoi qu’il en soit il compose une Tunique Jaune qui est créée au théâtre An der Wien le 9 février 1923. Pourtant bien accueilli par le public, l’ouvrage n’atteint pas la centième représentation et tombe provisoirement dans l’oubli.

Un Lehár deuxième manière s’impose alors. Il était déjà apparu avec Le chant de l’alouette qui préfigurait une série d’ouvrages où le " happy end " final n’était plus de mise. Le héros sacrifie l’amour à son art, à son devoir… Avec Paganini (1925), le premier ouvrage du compositeur chanté par le ténor Richard Tauber, qui deviendra son interprète de prédilection, la formule s’impose. Suivront Le Tzarevitch (1927) et Frédérique (1928).

C’est au cours des représentations de Frédérique que se déclare le rhumatisme qui laisse Tauber pratiquement paralysé. Son état s’améliore peu à peu, mais sa démarche reste difficile. Il lui faut un rôle qui convienne à son infirmité. Lehár se souvient de La tunique jaune qui mettait en scène des dignitaires chinois à la démarche lente et majestueuse.

Le livret et la partition sont remaniés. La première du Pays du Sourire, donnée à Berlin le 10 octobre 1929 est triomphale. Près de vingt-cinq ans après La Veuve Joyeuse, Lehár tient un nouveau succès mondial. La version française est créée au théâtre Royal de Gand le 1er avril 1932 avec le ténor Louis Izar et à Paris, théâtre de la Gaîté-Lyrique, le 15 novembre de la même année, avec Willy Thunis dans Sou-Chong.

Franz Lehár compose encore Giuditta (1935). Agé alors de 65 ans, il cesse d’écrire pour le théâtre.

Nous avons longuement évoqué la carrière théâtrale de Franz Lehár. Or, nous lui devons également des valses (" L’or et l’argent "), des tangos, des musiques de films, des lieder et des pièces symphoniques.

Marié à une femme de religion juive, Lehár craint la menace des Nazis. Il retourne pendant la guerre dans sa Hongrie natale.

Sa femme disparaît en 1947 quelques mois avant Richard Tauber. Totalement désemparé, il meurt à son tour le 24 octobre 1948 à Bad Ischl (Autriche) où il résidait alors.